15/12/2025 • Décryptage • FNTP
Benshmark
Infrastructures
Plan de relance
Les différents plans d’investissement en infrastructures menés par les USA, l’Allemagne ou le Canada démontrent que les infrastructures ne sont pas un simple poste de dépense publique : ce sont des leviers décisifs pour relancer, moderniser et transformer une économie
Dans les quatre cas étudiés, les plans ont été mis en place dans des contextes de choc externe, de crise économique et financière (2008–2009), ou de ralentissement économique conjugué à un sous-investissement chronique dans les réseaux essentiels. Ces plans répondent à une double urgence : amortir la chute de la demande et compenser le retrait de l’investissement privé tout en remettant à niveau des réseaux devenus obsolètes.
L’analyse croisée des quatre grands plans montre que les infrastructures constituent l’un des leviers les plus efficaces pour soutenir à la fois la conjoncture et le potentiel de croissance. Dans tous les cas, les dépenses d’infrastructure affichent les multiplicateurs budgétaires les plus élevés, avec des effets rapides sur l’emploi et l’activité locale.
Ces plans s’inscrivent aussi dans un mouvement plus large : les infrastructures sont un outil stratégique de politique publique, car elles répondent à plusieurs enjeux convergents. D’abord, elles permettent de résorber des décennies de sous-investissement dans les réseaux essentiels eau, transport, énergie, numérique dont l’obsolescence pèse sur la productivité, le coût de la vie et l’équité territoriale. Ensuite, elles jouent un rôle de stabilisateur macroéconomique : en période de crise ou de récession, l’investissement public compense le retrait brutal de l’investissement privé et soutient l’activité dans les secteurs intensifs en main-d’œuvre. Enfin, les infrastructures sont au cœur des stratégies de transition climatique, énergétique et numérique : modernisation des réseaux électriques, développement des transports collectifs, adaptation au changement climatique, efficacité énergétique des bâtiments ou déploiement du haut débit.
L’impact macroéconomique des investissements dépend fortement de la vitesse d’exécution. Lorsque les crédits sont engagés rapidement, comme pour l’ARRA (plan Obama) en 2008 ou dans la phase d’accélération du Konjunkturpaket II allemand, la contribution au PIB est significative dès la première année. À l’inverse, les retards administratifs ou les frictions de gouvernance, observés notamment au Canada ou dans les premières étapes de l’IIJA (plan Biden), limitent l’effet contracyclique.
Au-delà de la relance, les infrastructures renforcent durablement la croissance potentielle : modernisation des réseaux de transport, infrastructures énergétiques plus efficaces, déploiement du haut débit, rénovation des bâtiments publics et renforcement de la résilience environnementale. Toutes les évaluations disponibles soulignent en effet des gains durables en productivité, en attractivité territoriale et en performances environnementales.
Enfin, les effets des plans sont amplifiés lorsqu’ils s’articulent avec des politiques industrielles. Aux États-Unis, le couplage IIJA–IRA–CHIPS a généré des investissements privés massifs, orientés vers les secteurs stratégiques (énergies propres, semi-conducteurs, batteries, mobilité électrique). Avec l’ARRA, les premiers investissements structurants dans l’éolien, le solaire, les réseaux intelligents et l’efficacité énergétique ont contribué à faire émerger une filière énergétique propre aujourd’hui centrale dans l’économie américaine.
Au-delà de ces quatre expériences occidentales, la trajectoire chinoise offre une ouverture intéressante. Sans en évaluer ici les effets macroéconomiques récents, il est notable que Pékin inscrit depuis vingt ans l’investissement public dans une stratégie de très long terme, où les infrastructures constituent un levier central de puissance économique et industrielle. Les programmes massifs engagés dans les transports, l’énergie, le numérique ou la transition énergétique sont conçus comme des instruments compétitifs destinés à structurer des chaînes de valeur domestiques et à prendre position dans plusieurs technologies clés — batteries, solaire, éolien, réseaux intelligents, véhicules électriques. Cette approche, fondée sur l’anticipation et la recherche d’avantages stratégiques, illustre une manière différente d’utiliser l’investissement en infrastructures : non seulement comme outil de relance ou de modernisation, mais comme vecteur de puissance et de leadership technologique.
Pays |
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|---|---|---|---|---|
Plan |
Plan de relance Obama de 2009 |
Konjunkturpaket II |
Investing in Canada Plan (PIC) |
Plan d’infrastructures Biden (Infrastructure Investment and Jobs Act (IIJA)) |
Adoption |
2009 |
2009 |
2016 |
2021 |
Montant total |
831 Md$ |
≈ 50 Md€ (~2 % PIB) |
187,8 G$ CA |
|
Période d’exécution |
2009–2019 (90 % des dépenses ≤ 2011) |
2009–2011 |
2016–2028 |
2022–2026 (effets jusqu’en 2031) |
Axes majeurs |
Transports, eau, bâtiments fédéraux, TIC/broadband, énergie (grid, efficacité), logement social |
Infras communales (écoles, bâtiments), routes/rail, efficacité énergétique, environnement, eau |
Transport collectif, infrastructures vertes, corridors commerciaux, logement social, numérique, résilience climatique |
Routes & ponts, rail (Amtrak), ports/aéroports, haut débit, énergie & réseau, eau, dépollution, EV |
Advanced Technology |
+0,2 à +1,5 % du PIB réel (T4 2011) ; sur 6 ans : +1,7 à +9,2 % |
+3 000 Md$ de PIB cumulé (2022–2031, Moody’s) ; +3,5 % PIB cumulé (C&W 2023) |
||
Network Security |
+0,3 à +2,0 M d’emplois (0,4–2,6 M ETP) ; cumul : 2,1–11,6 M ETP |
172 000 emplois la première année, 257 000 en 2010 et 114 000 en 2011 |
~65,9 k emplois (91,4 k ETP) |
~1,5 M emplois/an (sur 10 ans) |
Network Security |
Effets forts à court terme, faibles à long terme (dette) ; investissement public = multiplicateur le plus élevé |
Exécution rapide (80 % engagés ≤ 2010, 92 % projets terminés ≤ 2011) ; effet durable sur capital public (+0,2 pt PIB potentiel d’ici 2015) |
Retards d’exécution (−2 G$ vs budget 2019) ; levier limité sur provinces ; grandes villes +53 % invest. (FTE) |
ASCE (2023) : +700 $/ménage/an ; retour pré-IIJA = −637 Md$ PIB ; coordination avec IRA & CHIPS Act : +1 000 Md$ d’invest. privés catalysés |
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